Enluminures d’Europe

Le premier papyrus attesté est localisé en Égypte et remonte au IVe millénaire ~ J.C. Pendant trois millénaires l’Égypte conserve le monopole de sa fabrication. Un conflit éclate entre Alexandrie et Pergame pour la suprématie en tant que ville abritant la plus grande Bibliothèque du monde.

Le Roi Eumène II résidant à Pergame invente le traitement des peaux de bêtes « pergamenum, parchemin » plongées dans une solution de chaux qui les dégraisse et en ôte tous les résidus organiques, tendues sur des cadres, les peaux sont soumises au traitement fin, lissage et grattage à la pierre ponce : la peau est mise à différents formats qui seront mis sous presse. Les ratures (raclures) enlevées par le parcheminier serviront à la colle de parchemin. La durée du pelanage (bain de chaux) dure de six semaines à deux mois en été et au moins trois en hiver.

Le parchemin : peau de bélier, cerf, mouton, brebis, chèvre.

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Le vélin : peau de veau mort-né et veau de lait recevant les mêmes façons que le parchemin, mais ne passant pas par le bain de chaux.Plus blanc, plus fin, plus uni donc plus prestigieux.

La Bible de Winchester demanda la peau de 250 veaux.
Jusqu’au XIIe siècle, la copie des livres ressort d’un travail collectif des abbayes. L’atelier type d’un moine copiste se compose d’un encrier, de plumes, de la craie, deux pierres ponces, deux cornes, un canif « canivet », deux rasoirs pour racler le parchemin, un poinçon ordinaire, un crayon, une règle, des tablettes de cire et un stylet.

Le calame, un roseau taillé utilisé depuis l’Antiquité, est présent durant le Moyen-Âge, les plumes de dindon, de vautour, de cygne et d’oie sont les plus communes, celles de corbeau et de canard pour une graphie plus fine.

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Le scribe écrit à l’encre noire obtenue grâce à la décoction de substances végétales : bois d’épine, noix de galle, noir de fumée, gomme d’arbre.

L’encre rouge « ruber » est réservée aux titres et chapitres des ouvrages.

Le métal d’or symbolise la divinité et l’argent l’humanité est posé sur mixtion : colle a base de poisson, lapin, gomme d’arbre ou jus d’ail, sur gesso : plâtre fin, colle de poisson, bol d’Arménie, céruse, miel, bruni à l’agate (dent de chien ou de loup) ou d’améthyste, émeraude.

On disait que chaque lettre ornée avait le pouvoir d’effacer un de nos péchés.

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Les pigments naturels :
minéral, végétal, animal
Blancs :
Blanc de plomb dit céruse : très couvrant, toxique

Calcite ou coquille d’œuf
Jaunes :
Gaude : laque tirée d’une plante herbacée, le réséda.

Orpiment, ou trisulfure d’arsenic :
très toxique, il ne supporte pas le voisinage des autres pigments.
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Rouges :
Minium ou oxyde de plomb : rouge orange antique, toxique.

Cinabre ou sulfure de mercure : toxique, aussi cher que le bleu égyptien.

Garance : tirée de la racine de l’herbacée du même nom.

Hématite : minéral couleur sang.

Cochenille : tiré d’un parasite, remplace la pourpre.
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La pourpre est une couleur extrêmement couteuse et symbolique provenant d’un coquillage : le murex (10 000 pour 1 gramme de colorant).
Les empereurs romains se la réserve. Néron édicta la peine de mort pour les contrevenants. Quelques parchemins prestigieux sont pourpres : codex pureus.

Bleus :
Azurite ou carbonate de cuivre : pierre semi-précieuse.
Lapis lazuli : roche précieuse.
Pastel ou bleu de guède : crucifère, les feuilles et tiges sont lavées et mises en boules appelées coques ou cocagnes.
Indigo : colorant très ancien, le plus renommé est celui de Bagdad.
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Verts :
Malachite ou carbonate de cuivre : dit vert de montagne, toxique.

Verdet ou acétate de cuivre : très agressif, peut attaquer le parchemin, toxique.

Vert de vessie : extrait des baies de nerprun, mis à sécher et conservé dans des vessies de porc.
Bruns
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Noirs :
Sépia : encre de seiche.

Noir de fumée : combustion d’huile, de graisse, très opaque.

Noir de vigne : couleur intense.

Les pigments les plus beaux sont rares et chers et pour certains toxiques. Pline rapporte que les peintres trompent les commanditaires en lavant souvent le pinceau plein de couleur, le cinabre (rouge de mercure) se dépose dans l’eau et il reste au voleur !

La préparation des couleurs est un travail long et minutieux. Elles se broient au marbre, soit à sec, soit à l’eau. Les « noirs » sont les plus longs à préparer , d’où l’expression : « broyer du noir ».

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L’enlumineur est aussi un alchimiste préparant ses couleurs, cinabre à base de céruse cuite au four, vert d’iris, violet de tournesol, ses encres : noires, sépia, rouge, d’or et d’argent, les colles de poisson, lapin, parchemin, les liants à base de miel, de gomme d’arbre, de glaire d’œuf, afin de réaliser les plus beaux ouvrages :
Bible
Psautier (150 psaumes de l’ancien testament)
Évangéliaire (les 4 évangiles)
Sacramentaire (à l’usage des prêtres)
Temporal (textes de la messe)
Bréviaire (catalogue des chants, des prières conçu pour le clergé)
Graduel et antiphonaire (chants de la liturgie de la messe)
Livres d’heures (livres de prières à l’usage des laïcs)

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Apocalypse (manuscrits enluminés avec le texte de Saint Jean)
Livres utilitaires (connaissances médicales, herbier, textes de droit,…)
Littérature narrative (culture courtoise et chevaleresque)

« L’Évangile selon saint Jean de saint Cuthbert (ou de Stonyhurst) … fut réalisé en Northumbrie à la fin du VIIe siècle. Il semble y avoir été enterré avec le corps de saint Cuthbert en 698 et il fut transporté en Northumbrie dans le cercueil du saint pendant 400 ans. En 1104, lorsque les reliques de saint Cuthbert furent installées à la cathédrale de Durham, on ouvrit son cercueil et le minuscule évangéliaire fut retrouvé miraculeusement conservé. Il est considéré comme une relique ». (Christopher de HAMEL, Une histoire des manuscrits enluminés, Paris, Phaidon, 19951, p. 36)

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« Le travail du scribe étant si méritoire, de nombreuses légendes l’entourent au fil du temps. Ainsi … un moine anglais travaillant comme copiste mourut en écrivant ; vingt ans plus tard, en ouvrant sa tombe, on découvrit parmi les restes décomposés la main du scribe en parfait état » (Ingo F. WALTHER & NORBERT WOLF, Chefs-d’œuvre de l’enluminure, Köln, Taschen, 20011, p. 20).

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Ste Odile - début XIVe - Parchemin chèvre (21,0 x 29,5 cm) - Or 998/°° carats, pigments historiques. Bibliothèque du Mont Sainte Odile

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